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Des étudiants photographient des œuvres : l’expérience qui éclaire l’effet des captures d’écran sur la mémoire

En comptant sur une image enregistrée, on peut moins bien retenir son contenu : le téléphone devient une mémoire externe. Des expériences permettent de comprendre ce mécanisme et d’adopter des habitudes qui sollicitent davantage votre mémoire.

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Un téléphone affichant une capture d’écran à côté d’un carnet ouvert.

En bref

Faire une capture peut réduire la mémorisation du contenu lorsque vous comptez sur le téléphone pour le conserver : vous retenez alors davantage où retrouver l’information que l’information elle-même.

L'essentiel

  • Des expériences sur la photographie montrent une moins bonne mémorisation de certains détails.
  • La disponibilité supposée d’une information change ce que vous retenez.
  • Enregistrer une image ne remplace pas sa lecture attentive ni sa consultation.
  • Lire puis résumer avant de capturer permet de solliciter votre mémoire.

Au musée, photographier ne garantit pas de mieux retenir

Une image conservée et un souvenir mémorisé ne sont pas équivalents. En 2013, Linda Henkel, à l’université de Fairfield, a testé cette différence avec des étudiants dans un musée d’art. Certaines œuvres devaient être photographiées, d’autres uniquement regardées. L’étude, publiée dans Psychological Science, permet de comparer ce que les participants retenaient selon leur manière d’aborder les œuvres.

Dans une première expérience réunissant 27 personnes, les réponses portant sur les détails étaient correctes à 64 % après observation seule, contre 55 % après photographie. La reconnaissance des œuvres présentait un écart plus réduit : 91 % pour celles regardées sans appareil, 88 % pour celles photographiées. On pouvait donc reconnaître une œuvre tout en se rappelant moins précisément ses détails.

Une seconde expérience, avec 46 étudiants, retrouvait cette différence : 44 % de réussite sur les détails après observation, contre 38 % après photographie. Pour situer l’objet dans le musée, les résultats étaient respectivement de 74 % et de 67 %. Henkel a donné à ce phénomène le nom de photo-taking-impairment effect. Ces tests portaient sur des œuvres photographiées, et non directement sur des captures d’écran : ils éclairent le mécanisme sans rendre les deux gestes identiques.

La mémoire retient aussi le chemin vers l’information

Pourquoi moins retenir ce que l’on a pourtant pris soin d’enregistrer ? Une partie de l’explication tient à la mémoire externe. Votre téléphone conserve le contenu à votre place, et vous apprenez à compter sur lui. Le souvenir peut alors porter davantage sur l’endroit où chercher que sur ce que vous aviez lu.

En 2011, Betsy Sparrow, Jenny Liu et Daniel Wegner ont publié dans Science quatre expériences consacrées à l’« effet Google ». Dans un test, les personnes persuadées qu’une information resterait accessible la retenaient moins bien que celles qui pensaient qu’elle serait effacée. Le changement ne concernait donc pas seulement l’existence d’un stockage : croire que l’on pourra retrouver le contenu suffit à modifier la mémorisation.

La capture s’inscrit dans cette logique : vous pouvez retenir que l’information se trouve dans votre galerie plutôt que son contenu précis. Des travaux de l’université de Binghamton vont également dans ce sens, avec une moins bonne mémorisation chez les personnes prenant des photos ou des captures, même lorsque l’image est ensuite supprimée. Effacer le fichier ne suffit donc pas nécessairement à annuler l’effet associé à son enregistrement.

L’attention portée au contenu fait une différence

Le problème n’est pas seulement de posséder une copie. Enregistrer peut détourner l’attention du contenu et favoriser une lecture rapide, puisque le téléphone est censé le garder. Le geste de sauvegarde prend alors la place du travail de lecture. Vous avez sécurisé l’accès à l’information, mais pas forcément construit un souvenir précis.

Un résultat de l’étude de Henkel nuance toutefois l’idée que photographier ferait toujours moins retenir. Lorsque les participants devaient zoomer sur un détail, la baisse de mémorisation ne se retrouvait pas pour cet aspect, avec 46 % de bonnes réponses. La manière de regarder compte donc aussi : cibler un élément n’équivaut pas à enregistrer une image sans s’y attarder.

Garder une capture utile sans lui déléguer tout le souvenir

Toutes les captures n’ont pas pour but d’apprendre. Une étude qualitative menée auprès de 45 personnes par Helen Sweeten, Elizabeth Sillence et Nick Neave distingue notamment la conservation d’une preuve, l’anticipation d’un besoin éventuel et l’attachement émotionnel. Garder un échange comme justificatif répond à un autre objectif que mémoriser son contenu.

Si vous souhaitez retenir une information, commencez par la lire, puis résumez-la en une phrase avant la capture. Ce détour vous oblige à traiter le contenu plutôt qu’à seulement le stocker. Prévoyez aussi un tri hebdomadaire de votre galerie : accumuler des images ne garantit pas qu’elles seront consultées. Pour Henkel, leur aide au souvenir suppose précisément de les regarder à nouveau.

Lors d’un moment que vous voulez mémoriser, vous pouvez également laisser le téléphone de côté quelques minutes. L’objectif n’est pas de renoncer aux images, mais de préserver un temps d’observation sans déléguer immédiatement la conservation de l’instant à l’appareil.

Questions fréquentes

Les captures d’écran abîment-elles durablement la mémoire ?

Ces expériences montrent des différences de mémorisation du contenu, pas une dégradation durable de la mémoire.

Supprimer une capture permet-il de mieux retenir ?

Pas nécessairement : les travaux de Binghamton rapportent un effet même après suppression de l’image.

Quel réflexe adopter avant de capturer ?

Lisez le contenu et résumez-le en une phrase pour solliciter votre mémoire avant l’enregistrement.

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