Monaco quitte la liste grise du GAFI : pourquoi ce retrait ne met pas fin à la surveillance de la principauté
Le GAFI a levé sa surveillance renforcée de Monaco après avoir validé les réformes contre le blanchiment. Sanctions, moyens supplémentaires et poursuites ont pesé dans cette décision, mais la principauté reste classée à haut risque par l’Union européenne.
En bref
Monaco n’est plus soumis à la surveillance renforcée du GAFI, mais son maintien sur la liste européenne des pays à haut risque limite la portée de cette sortie.
L'essentiel
- La principauté figurait sur la liste grise du GAFI depuis juin 2024.
- Des contrôles sur place ont confirmé la réalisation du plan d’action.
- L’AMSF a infligé environ 10 millions d’euros de sanctions à une quinzaine de sociétés.
- La sortie de la liste européenne reste un objectif, sans échéance annoncée.
Le GAFI valide les changements engagés depuis l’inscription
La décision annoncée vendredi met fin à une procédure engagée en juin 2024 : Monaco sort de la liste grise du GAFI, qui rassemble des juridictions placées sous surveillance renforcée. La Bulgarie, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo bénéficient également de ce retrait. Pour la principauté, il s’agit d’une reconnaissance des changements apportés à son dispositif contre les circuits financiers illicites.
Le GAFI a fondé son appréciation sur des visites menées sur place, dont le résultat a été jugé satisfaisant. Il considère que les juridictions concernées ont achevé leur programme de correction dans le délai fixé. Son évaluation porte sur les faiblesses touchant la lutte contre le blanchiment, mais aussi contre le financement du terrorisme et de la prolifération.
Ce retrait intervient après plusieurs étapes de contrôle. Moneyval avait signalé des insuffisances en janvier 2023, avant l’inscription monégasque sur la liste grise l’année suivante. Le changement porte désormais sur le statut de Monaco auprès du GAFI : la principauté n’est plus soumise à son processus de suivi renforcé.
Des moyens supplémentaires pour contrôler et poursuivre
Les réformes ont concerné à la fois la détection des risques, les enquêtes et les sanctions. Monaco a développé sa coopération avec les autres pays et renforcé les saisies. L’objectif de cet ensemble de mesures est de mieux repérer les fonds suspects, puis de donner davantage de suites aux dossiers, au-delà de leur simple signalement.
Sur le terrain judiciaire, un délit de présomption de blanchiment a été instauré. Il vise à faciliter les poursuites lorsque la provenance de l’argent demeure incertaine. Le parquet général dispose également d’un pôle consacré aux affaires économiques et financières : le traitement de ces dossiers s’appuie donc sur une organisation spécialisée.
L’Autorité monégasque de sécurité financière, l’AMSF, a pour sa part obtenu davantage de personnel. Ce renforcement accompagne une activité de signalement en hausse : l’autorité a reçu 1 500 déclarations de soupçons en 2025. Selon Bruno Dalles, leur nombre progresse de 10 % par an depuis 2024. Ces déclarations ne doivent toutefois pas être confondues avec des condamnations.
Des sanctions financières et davantage de condamnations
Les mesures prises ont déjà eu des effets chiffrés. L’AMSF a sanctionné une quinzaine de sociétés, pour un montant cumulé de 10 millions d’euros. Les établissements bancaires figurent parmi les entreprises concernées, avec des sanctions de montants différents.
- UBS a été sanctionnée à hauteur de 6 millions d’euros.
- L’amende visant Julius Baer atteint 1,5 million d’euros.
- Havilland, devenue Moncrief, a reçu une sanction de 1 million d’euros.
L’évolution se mesure aussi devant la justice : en 2025, 28 dossiers de blanchiment ont débouché sur une condamnation, contre 3 en 2021. Sanctions de l’autorité de contrôle et condamnations judiciaires constituent deux résultats distincts. Les premiers montants décrivent l’action de l’AMSF ; le second indicateur renseigne sur l’issue pénale des dossiers.
Une reconnaissance internationale, mais un classement européen maintenu
Pour Monaco, la sortie représente un signal favorable à l’attractivité de sa place financière. Christophe Mirmand présente les changements engagés comme une transformation des pratiques professionnelles, et non comme l’achèvement de l’effort. La décision du GAFI reconnaît donc le travail accompli sans faire disparaître l’enjeu du contrôle des opérations financières.
Une distinction reste essentielle : le classement du GAFI et celui de l’Union européenne sont séparés. Depuis juin 2025, Monaco figure sur la liste européenne des pays considérés à haut risque pour le blanchiment. Le retrait décidé par le GAFI ne supprime pas cette inscription. Il ne faut donc pas l’interpréter comme une levée de tous les classements visant la principauté.
Les autorités monégasques souhaitent obtenir rapidement une sortie de la liste européenne, mais aucune date précise n’est annoncée. Pour les entreprises et les établissements financiers concernés, le changement acquis concerne ainsi le suivi du GAFI. Le volet européen demeure ouvert : c’est la prochaine décision attendue par la principauté.
Questions fréquentes
Depuis quand Monaco figurait-il sur la liste grise du GAFI ?
La principauté y avait été inscrite en juin 2024.
Pourquoi le GAFI a-t-il retiré Monaco de cette liste ?
Après des visites concluantes, il a validé l’exécution du plan d’action destiné à corriger les insuffisances identifiées.
Monaco est-il également sorti de la liste européenne ?
Non. Son inscription, qui remonte à juin 2025, reste en vigueur, sans calendrier précis de retrait.